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L’étrange histoire de Furcy Madeleine

Une exposition comme premier acte du musée de l’habitation et de l’esclavage

Dans le cadre de l’année commémorative des 170 ans de l’abolition de l’esclavage, le Conseil départemental de La Réunion a engagé un grand chantier culturel visant à faire du musée historique de Villèle, le musée de l’habitation et de l’esclavage. L’exposition « L’étrange histoire de Furcy Madeleine (1786-1856) » apporte, à des degrés divers, une réponse aux orientations du musée de Villèle qui privilégient l’enrichissement et la diffusion des connaissances sur l’histoire de l’esclavage, la valorisation des héritages culturels issus de cette période, l’établissement d’une présence visible et digne des acteurs de l’histoire de l’esclavage à La Réunion.


L’histoire de Furcy, état de la recherche

L’exposition est organisée en partenariat avec les Archives départementales de La Réunion. Elle est l’aboutissement des travaux de recherche menés par l’anthropologue et historien Gilles Gérard qui en a écrit le scénario. Elle s’appuie également sur les travaux de Sue Peabody, historienne et universitaire américaine, auteure de Madeleine’s Children : Family, Freedom, Secrets, and Lies in France’s Indian Ocean Colonies et du chercheur Jérémy Boutier, auteur d’une thèse sur La question de l’assimilation politico-juridique de La Réunion à la métropole, 1815-1906 (Université d’Aix-Marseille) et de plusieurs articles sur Furcy.


Furcy, des résonances contemporaines

À La Réunion, si l’histoire de Furcy nous est révélée par les travaux de l’historien Hubert Gerbeau en 1990, c’est cependant grâce à Sophie Bazin et Johary Ravaloson (alias Arius et Mary Batiskaf), et leur création Liberté Plastik en 1998 que Furcy est devenu un symbole de la lutte pour la liberté. La publication du livre de Mohammed Aïssaoui, L’affaire de l’esclave Furcy, (Prix Renaudot 2010), est un autre élément à prendre en compte pour comprendre l’apparition dans les années 2000 du mouvement collectif Libèr nout’ Furcy, et l’émergence de diverses créations d’artistes d’ici et d’ailleurs : les pièces de théâtre d’Hassane Kouyaté, L’affaire de l’esclave Furcy, de Francky Lauret et Erick Isana, Fer6, l’ébauche d’un film d’animation de Laurent Médéa, la chanson L’or de Furcy du musicien Kaf Malbar, ou bien encore la sculpture de Marco Ah Kiem au Barachois à Saint-Denis.


Un fonds Furcy aux Archives départementales de La Réunion

La recherche historique sur Furcy a progressé notamment grâce à l’achat en salle des ventes par le Conseil départemental en 2005, du « fonds Furcy », qui correspond en fait aux papiers de Louis Gilbert Boucher, procureur général de la cour royale de Bourbon, principal soutien de Furcy.


Enjeux de l’exposition

L’exposition a pour ambition, à partir des sources disponibles, de donner à connaître la vie de Furcy, dans sa dimension singulière, prodigieuse et complexe, quitte à rétablir des faits et à briser quelques a priori : il n’a pas été un militant abolitionniste, il possèdera lui aussi des esclaves et finira ses jours dans une relative opulence.

Elle a aussi pour objet de replacer l’étrange histoire de Furcy dans le contexte des sociétés coloniales de Bourbon et de Maurice et de mettre en lumière une représentation de Furcy, souvent déformée, dans la mémoire collective.

Le parcours de visite est rythmé par les différents événements de ce combat juridique de 27 années : abus de pouvoir, faux documents, pressions exercées sur Furcy et sur sa famille…

Des pièces d’archives pour chacune des quatre sections de l’exposition, sont mises en avant pour étayer le propos des historiens et des fiches de salle sont consultables pour approfondir des notions ou des faits.

Traité en parallèle, un second parcours intitulé Furcy aujourd’hui, un dispositif d’écrans diffuse des interviews des nombreux artistes qui se sont emparés ces dernières années de l’histoire de Furcy.

Les personnages créés par le dessinateur Sébastien Sailly sous forme de silhouettes, sont présents dans toutes les salles pour aider le visiteur à resituer tous les protagonistes du récit dont la trame se déroule entre l’Inde, Bourbon, Maurice et la France : Furcy dont aucune représentation n’est connue à ce jour, sa sœur Constance, Libre de couleur, sa mère Madeleine née à Chandernagor, Philippe Desbassayns de Richemont (fils d’Ombline Desbassayns), le procureur Boucher, Joseph Lory, maître de Furcy…

Des personnages, des lieux, des documents perdus et retrouvés, des documents maquillés : tous les éléments sont en place pour pour dévoiler au visiteur cette étrange histoire.